La chasse

Je rêve que je suis un chasseur, un beau dimanche d’hiver.

Mais cette fois-là, tout ne se passe pas comme prévu. On ne chasse pas des cibles, des animaux en fuite, des animaux cachés. On ne s’attaque pas à des bêtes sans défense, inorganisées. Cette fois-ci, c’est une bataille.

Les animaux se sont organisées pour notre venue.

Au départ, tout commence comme d’habitude. On rigole bien, on discute. Jo’ nous montre son gros canon, et pour l’apéro d’après chasse, Michel a ramené le rouge et Patrick le sauciflard. On part tout joyeux buter de la bête. Pardon, réguler de la bête.

Sauf que voilà, lorsque Bernard voit une biche au loin, qui d’ailleurs, semble lui faire une grimace, il arme son fusil et il tire. Il reçoit immédiatement des branches d’arbres, des déchets ménagers, des fruits pourris et des noisettes. Les écureuils nous balancent toutes sortes des projectiles. Nous tirons immédiatement en l’air, sans arriver à rien d’autre qu’à attiser d’autres projectiles. On fuit le lieu. Mais les écureuils nous suivent. Nous courrons, l’arme à la main, ce n’est pas pratique.

Dans notre fuite, nous sommes nombreux à tomber ;  un petit tronc d’arbre nous barrait discrètement le chemin. Nous nous relevons sous le feu des projectiles et rejoignons une clairière. Nous sommes enfin à l’abri des attaques aériennes. On en rigole : quelle bande de froussard sommes-nous donc ! haha

Au loin, on voit cette fois un lièvre qui nous tend son derrière. Bien décidé à profiter de cette belle journée pour chasser, nous le canardons sans sommation mais nous le ratons : il est particulièrement rapide. Alors moi, les vingt chasseurs grands et costauds et nos chiens de chasse, nous partons à l’assaut du petit lapin. Nous fonçons à toute allure. Nous tombons alors dans une mare de déjection animal. Le lapin nous regarde et semble rigoler avant de repartir. Fou de rage, couvert de caca et de crotin, Christophe part tout seul à l’assaut du lapin. On l’entend alors pousser des hurlements. Nous le rejoignons mais tombons nez-à-nez contre des sangliers, bien décidé à s’attaquer à nous. Nous braquons nos fusils contre les phacochères mais, pleines de merdes, nos carabines restent muettes.

Nous fuyons sans demander notre reste, abandonnant nos armes sur le terrain. Sur le chemin, qui longe la colline, des renards et des mouffettes s’amusent à nous effrayer par des grimasses. La surprise est de mauvais goût : Jean-Pierre, Norbert et Kiki tombent sur le côté et dévalent la pente. Nous continuons de fuir, plus apeurés que jamais sans nous occuper de nos anciens camarades.

Nous arrivons malgré tout à la voiture. « Quelle histoire ! » s’exclame Jo avant de boire un coup de rouge pour se « remettre des émotions ».